depuis 2019
Yan Morvan propose avec « BKK » une immersion dans le Bangkok des années 80 ou il a passé cinq mois. L'ambiance et la substance de cette ville nous sont restituées par les photographies et le texte écrit in situ par le photographe. Il y révèle l'atmosphère de la ville à ce moment bien précis. Nous assistons dans « BKK » à la construction d'un regard, celui d'un jeune photographe plongé en apnée dans un monde qui peut rapidement vous asphyxier et vous perdre. Pas de misérabilisme, de voyeurisme, ou de sensationnalisme, ce livre est un témoignage unique, sous hypnose, une fresque sociale et politique, une sorte de radiographie de l'Asie du Sud-Est et des dessous de la société industrielle. Ville du plaisir où tout est permis, où les clients venus du monde entier peuvent assouvir pour quelques bahts leurs phantasmes sans limite aucune, Yan Morvan nous entraine dans les bas-fonds du hard discount sexuel, ou l'alcool et autres substances psychotropes font partie du décor. Il montre des corps abîmés par la prostitution, l'alcool, la drogue et les grossesses à répétition, la nécessité de ce commerce du sexe pour la survie d'une famille restée à la campagne, les moments de repos essentiels pour échapper à un quotidien quasi exclusivement nocturne. Chaque image est dotée d'une force et d'une douceur, l'effet produit est tout à fait fascinant : nous sommes aspirés par le tumulte des lumières, la frénésie des clubs ou tout est mis en oeuvre pour aguicher les clients puis soudain nous plongeons dans le calme d'une chambre en face à face avec une prostituée. Yan Morvan décrit la dureté des maquereaux, la turpitude des clients mais aussi leur naïveté parfois, l'illusion des prostituées qui espèrent se trouver un mari occidental. Pas de jugement dans le regard du photographe, mais de l'observation avec respect et probité.